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mardi 6 septembre 2011

ohne titel


il y a un moment ou le jour et la nuit changent de place, ou les couleurs de l'insomnie changent de nuances et le monde apparaît tout neuf devant les yeux suspendus à mi-chemin entre sommeil et réalité

pour le présent qu'on ne sent plus il y aura sans doute une nouvelle paire de lunettes de soleil afin de bien cacher vos cernes et de taire le secret du monde que vous vivez à l'envers

les insomnies deviennent ainsi la seule forme d'héroïsme au lit... (C. avait sans doute raison)
mais toutes les choses du monde ont une certaine limite et lorsque l'insomnie s'acharne encore il faut lui trouver autre distraction que l'exercice monotone de compter des moutons imaginaires (lui en dessiner un serait plus rassurant pour les deux parties impliquées)

alors ça commence. et pour ne pas perdre le temps avec de nouvelles recherches voici des conseils pour l'apprivoiser: lire ensuite googler tout les mots qui vous viennent à l'esprit ensuite consulter tout les sites de nouvelles que vous connaissez (même si vous avez déjà consulté ça pendant les longues heures de boulot et que les nouvelles vous dégoûtent) ensuite faire une douche retrouver la dernière série américaine sur la toile et regarder en ligne 3 ou 4 épisodes et, lorsque les dernières photos de vos nouveaux amis sur fb vous écoeurent, couronner cette pâtisserie baroque par une promenade au petit matin dans le parc de l'université entre les sdf, les fêtards (les fêtards aux cafards ou les cafards des fêtards) et les artistes (qu'on a souvent du mal à repérer car au petit matin la frontière entre les artistes et les fêtards s'efface, donc la possibilité des migrations dans les deux sens s'accroît considérablement)

en un mot la possibilité de l'exploration du creux des insomnies est plus vaste que l'on pensait pourvu que l'on puisse trouver une sortie du labyrinthe

jeudi 23 juin 2011

les métamorphoses du filet de pêche


l'art contemporain reflète les nouvelles tendances de la société que nous sommes devenus, nos goûts, nos envies et surtout les nouveaux totems qu'on aime arborer (car des tabous il y a de moins en moins). il est aujourd'hui c'est un concept, un mouvement voire une explosion; c'est plus que le décor ou le bibelot d'auparavant.


et pourtant l'art n'est pas une invention récente, car il existe depuis les grottes de Lascaux, mais soyons bien d'accord qu'un Rembrandt ou un Picasso comme produit fini de l'art donnent toujours, somme toute, le même un objet de décor. c'est vrai, qu'il est un peu poussé et qu'il est sans doute exagéré de considérer l'art sous cet angle. mais un tableau reste un tableau, surtout pour nous et c'était déjà le cas pour les soixante-huitards, ce n'est plus une image-icône qui va nous faire prier même si on est devant le meilleur christ de l'école italienne, ni même une image-totem aux forces miraculeuses comme les célèbres nus de la Renaissance qu'on suspendaient au-dessus du lit matrimonial pour préserver voir stimuler la fertilité de la femme. or, le concept de l'art change avec la société - aujourd'hui des vénus en rut dans la chambre nuptiale seraient plutôt une tendance de nouvel libertinage, car les femmes se sont émancipées, la religion a bel et bien reculé et voilà le plaisir gagner sa place dans les salles à coucher des familles (couples) contemporaines.

l'art actuel est un concept, souvent dynamique - des installations qui peuvent interagir avec le public, des statues qui vont bouger, des canons remplis de cire qui vont laisser des grandes tâches rouges contre le mur des plus célèbres musées d'art contemporain. l'artiste contemporain est plus que jamais un aventurier (un imposteur?), comme un adolescent dans les dernières phases de la puberté. les expériences peuvent aller du métaphysique au kitch industriel, de la philosophie à la sauce sociale aux amusettes naïves d'un artiste qui s'amuse à investir son dans à creuser un trou dans le plancher d'une célebrissime gallérie et ce qui pourrait très bien passer pour une conséquence d'un tremblement de terre est célébré comme un ouvre d'art. des installations à côtes desquelles la fontaine de Duchamp est un sommet de génie.

est-ce bien, exagéré ou idiot? c'est au temps de faire le tri. d'ici là ce sont les marchés d'art, les grands mécènes et quelques ministères qui font la pluie et le beau temps dans le tri des artistes. un tri plus que nécessaire, car aujourd'hui on crée plus que jamais et plus que jamais on transforme les fragments du quotidien en oeuvre d'art, comme l'intérieur d'une maison du moyen orient reproduit avec fidélité dans un des pavillons de la biennale de Venise. en fait cet intérieur est-il vraiment un ouvre d'art? un manifeste, peut être. une installation ayant un caractère social? sans doute. mais j'ai du mal à percevoir ceci comme une oeuvre d'art. c'est peut être un élément d'une certaine curiosité pour le public occidental, pour ceux qui n'ont jamais entré une maison du moyen orient ou qui ne l'ont pas encore imaginé telle qu'elle y apparaît quelques secondes après avoir été quittée par la famille qui l'habitait. mais d'un autre côté prenait une bonne dizaine de minutes à inspecter la votre chambre. regardez chaque détail, tel qu'il est, avec le stylo tombé par terre, avec le journal d'hier sur le fauteuil et votre tasse avec les traces du café matinal. est-ce que ça vous donne l'impression d'une ouvre d'art? ce décor aurait surpris et même étonné les habitants de favelas ou quelques population aborigènes des forêts de Papouasie. mais ne serait-il pas la même impression qu'en bon occidentaux on a éprouvé à la sortie de l'ipad ou à la dernière pub d'airbus 2050? et là je paris qu'on ne trouverait pas beaucoup d'art là dedans.

drôle de concept cet art contemporain qui descend des fois aux racines du quotidien d'un pauvre village de pêcheurs indiens, y retrouve une vielle méthode de faire des filets de pêche pour en faire une nouvelle branche dans la sculpture contemporaine, des formes coloriées comme les aurores boréales, qui attire l'oeil et retient le passant l'entraînant dans une rêverie passagère sur lui, sur la beauté du monde, sur la vie et sans doute pas sur les métamorphoses de l'art dans notre époque.


Image : Janet Echelman, Sculpture urbaine, (Philadelphia, Etats-Unis)

samedi 28 mai 2011

sur la colère



haïr ou pardonner - c'est un dilemme aussi vieux que les racines judéo-chrétienne de la civilisation européenne (si une telle existe), mais qui au fil des siècles n'a rien perdu de son actualité.

quelqu'un qui vous bascule dans le matin dans le métro. une première pensée - il faut pas se laisser faire. et on le pousse à notre tour. un piéton qui s’attarde en passant la rue enrage les chauffeurs. et le fil des petites colères ne fait qu'augmenter le long de la journée. or, les racines de la colère poussent dans notre quotidien. dans une péroraison débitée avec grande ingéniosité devant les autres, ce qui les fait nous détester en silence sous le masque dans vague sourire. un grande bagarre après un banale collision des voitures. une assistante universitaire en train de massacrer les étudiants pendant son séminaire, belle opportunité de les brûler avec une attitude d'impitoyable supériorité.

la colère du plus fort est ainsi la première à subir et gare à ceux qui se trouvent aux alentours

mais la colère est encore plus aiguë dans un monde qui vit son malheur quotidien - une campagne électorale est toujours plus rude dans un pays pauvre (à considérer l'exemple africain). et oui, en revenant au cas ivoirien, on a toujours du mal à comprendre comment dans ce qui se prétend un homme civilisé la rage et l'hypocrisie cohabitent. non que je m'attendais à des personnages d'un grand roman russe en train dénoncer leur nature ignoble et de chercher le pardon des autres. mais deux personnes qui prétendent aimer leur nation et qui ne font par ça que pousser un peuple au massacre, c'est au moins absurde, dégoûtant et incompréhensible.

la colère qui nous suit chaque fois qu'on se retrouve devant la solitude, devant la mort, qui s'accumule comme une bombe à retardement dont l'explosion va secouer des centaines de personnes - des enfants kamikazes en train de se tuer pour une cause qu'ils connaissent à peine, (fait qui assure une continuité de colère), des ados qui malgré le milieu aisé qu'ils habitent finissent par tuer des camarades d'école et par se suicider.

la colère des individus, des cours d'eau de montagne, se réunissant dans la colère sans limites des masses - des masses qui tuent qui s’entretient.

et un matin printanier on regarde tout ce champ de bataille perpétuelle, des consciences en ruines, des âmes en désuétude - c'est ça donc qu'on ose appeler "civilisation"?

en revenant au point de départ, il ne s'agit pas de vouloir trouver une résignation totale devant celui qui frappe, de lui tourner l'autre joue, de pouvoir prier pour lui. mais du simple fait si on va léguer à ce monde notre colère ou si par je ne sais quelle fait de grâce la possibilité de pardonner.
est-ce donc la voix de Camus ou celle de Mauriac qui raisonne en nous, inculper ou pardonner?

cette grande introduction est en fait la suite d'un autre film que j'ai vu il y a quelques jours. In a better world de Susanne Bier. Un film beaucoup applaudit pendant les festivals de cinémas, mais presque entièrement ignoré dans les salles de cinéma. un très long poème sur la colère, de très belles histoires qui s'entremêles, une géographie de la colère du Danemark à l'Afrique et une grande question qui en ressort - que faire de la colère, pardonner ou frapper?

à voir pour ceux qui cherchent plus qu'un écran déco à leur boite de pop-corn ;-)

PS: et surtout essayons de mettre un peu plus de distance entre la colère et notre façon d'agir




mardi 24 mai 2011

de cannes à milan, réflexions autour d'un arbre




Cannes entre le début et la fin du monde, entre Die Moldau de Smetana et l'ouverture de Tristan et Iseut de Wagner (considéré comme la pic de la musique par Marcel Proust). En un mot l'Art se met en avant dans le cinéma - le côté esthétique qui semble dépasser de loin le germe narratif du film.

Melancholia de Lars Von Trier est la somme de l'art européen, dont le leitmotiv est justement la mélancolie, ce sentiment de pesanteur et d'étouffement si bien décrit par Spengler dans son opus et qui est la somme de tout ce qui peut être désigné par le syntagme civilisation européenne. Pour jeter un coup d'oil supplémentaire sur ce film - des homo melancolicus sont mis en scène, comme Justine, dont l'image en robe de mariage dans les eaux de la rivière te font penser à Ophélie de Shakespeare, à la fin bouleversante de Virginia Woolf (dont l'image est ancré dans l'imaginaire occidental par un autre film - The Hours...). Un film qui s'annonce lourd, mais dont la critique désigne déjà comme l'ouvre la plus esthétique et la plus sympathique du cinéaste danois (qui a eu l'imprudence d'évoquer Hitler dans ses blagues, sans autre résultat que celui de choquer tous). A croire la critique, Kirsten Dunst y est au sommet de sa performance. Un film à voire à partir du mois d'août (surtout si vous avez survécu à l'Antichrist).

On dis souvent que l'attente vaut mieux que l'attendu. Ce n'est certainement pas une vérité absolue, mais ceci m'a semblé être vrai pour le dernier film palmé - The tree of life de Terrence Malick. C'est un film d'une rare beauté esthétique, d'une rare profondeur du message, d'une extraordinaire sérénité musicale - donc un film qui excelle dans le fragment, mais qui somme toute devient un peu trop. C'est d'ailleurs le seul film que j'ai vu avant de connaître le palmarès du jury cannois. Et bien, si vous y allez, il faut vous munir d'une patience hors commun, car le film dure plus de 2:40h et que souvent il devient monotone et vide. C'est d'ailleurs intéressant le fait que si l'on coupe le film un morceau ou si l'on fait une exposition de photos, ça serait certainement l’évènement artistique de la décade - le grand canyon filmé de ses profondeurs, la mer, le ciel, les vitraux d'une église en spirale, comme pour évoquer l'image du temps répétitif ou du désir humain d'atteindre le ciel, les sables du désert, les arbres d'une forêt séculaire... On y retrouve avec un grand plaisir un caméra dynamique et novateur, qui vole, court, renverse les images et donc persévère dans l'approfondissement de cette fraîcheur artistique.
Mais le grand perdant dans cette construction c'est le trame narratif - le film est morcelé, on est tantôt dans le présent, tantôt dans le passé (les années '5o), tantôt à l'époque du Big Bang ou à celle des dinosaures (qu'on a du mal à intégrer dans la surface lisse de cet sur esthétisme cinématographique). L'histoire d'une certaine façon commune - un architecte (Sean Penn) se rappelle son enfance, son père sévère (Brad Pitt), sa mère absente (car écrasée par la force du père omniprésent), l'éclatement de l'adolescence, la contamination de furie paternelle (l'enfant comme miroir de la violence paternelle), la mort du frère, l'absence du père entraînant une cruelle anarchie dans le comportement des enfants et puis cette image parallèle de la création du monde et de naissance de l'enfant... La réflexion se construit autour des deux voix de la vie - la voie de grâce (maternelle) et la voie de la nature (paternelle), qui m'a fait penser au Roi des aulnes de Michel Tournier, ou l'on retrouve une mise particulière sur la dichotomie du monde partagé en pédéphores (ceux ou plutôt celles qui portent l'enfant, la nature de la femme) et les phallophores (les portant de phallus, voir d'armes, c'est à dire les hommes). D'ailleurs chez Tournier la dichotomie s'anéantie dans le mythe de Saint Christophe (phallophore découvrant sa vocation de grâce, en portant l'enfant Jésus sur ses épaules).
Finalement, le film m'a fait penser au dôme gothique de Milan, trop grand, trop ornée et qui a été construit pendant trop de temps, un sorte de drôle de gothique.
La solution idéale pour le film de Malick serait la consommation modérée, pas plus de 20 minutes par semaine. Bon courage pour les curieux.

NB: Pas facile à croquer, ces films palmés

mercredi 9 mars 2011

gulliver au pays des nains

si vous habitez au pays des nains et que vous en avez déjà marre, faites venir chez vous un gulliver quelconque, pour que des miracles soient mis en place ou plutôt mis en scène dans votre contrée de merveilles

la moldavie est certainement une terre des merveilles, car la veille de l'arrivée du vice-président américain dans le pays le plus pauvre et le moins attirant de l'Europe (compte tenu des statistiques européennes...) y a que des miracles qui se mettent en scène sous le geste timide d'une démocratie faisant peau neuve devant tous les gullivers du monde à commencer par mme Ashton et jusqu'à M. Joe Biden.

même si on n'est pas à Lourdes et malgré le manque d'une aide céleste (pour apaiser le fanatisme de nos chers croyants), la capitale est en traîne de s’endimancher - j''ignore quel soit le magicien qui ait prêté sa trousse, mais dans ce pays ou l'on n'a toujours pas voté le budget pour l'année 2011 (c'est bien 2011, même si y a deux mois qui se sont déjà écoulés), ou les autorités trouvent toujours des excuses pour faire comprendre qu'on n'a pas les moyens et qu'ils font déjà pas mal (sans rien faire pour autant) voici des routes qui se réparent, des trottoirs qui sont nettoyés avec un excès de zèle inconnu pour cette terre, des fleurs, des panneaux - en un mot tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
sauf que, voyez vous, ces putain de miracles coïncident parfaitement avec le trajet que va faire le vice-président américain chez nous.
il ne reste que les gens à remplacer. on pourrait encore mettre une télé en plein centre ville faire voir le lac des cygnes à M. Biden (c'était ça la pratique des soviétique lorsque l'empire se ruinait). car, si ce gulliver ose sortir de son trajet, alors il va découvrir le verso du décor, une sorte de ville opéra qui reviendra à ses dimensions de capitale second hand après le départ.

l'ironie est que les démocrates moldaves ils font à 100% le même scénarios que lors des visites des leaders soviétiques. quelle drôle de démocratie.

il y a pourtant une idée qui ressort - faire venir plus de gulliver chez nous tout en leur proposant de choisir des trajets différents ou mieux encore de ne pas avoir d'itinéraire, mais de se laisser porter par un banal hasard. on peut faire toute une liste la reine d'Angleterre (comme les anglais nous considèrent déjà riches), le président de la commission européenne (puisqu'on rêve toujours une Europe qui nous intègre), le président obama et la liste pourrait continuer. on pourrait aussi penser à retenir gulliver pour quelques années, sauf que dans un tel cas on risque de se retrouver avec toute une armée yankee dans le dos, et déjà, celle russe nous suffit pleinement. mais, si on arrive à avoir toutes les visites qu'on vient de lister, ce petit pays tout entier fera peau neuve et peut être pour une petite période on aura la chance de vivre mieux...

dimanche 6 mars 2011

un héros de notre temps


le roi est mort! était-ce plus qu'un bouffon? plus qu'une charogne cette figure "révolutionnaire" dont les belles créations ont pavés les enfers des nombreuses saisons de la haute couture?
ce roi décidant d'un coup de pouce les nuances de la mode de demain (et implicitement celles du prêt à porter du lendemain) se meurt d'un un beau coup de guignol en prêchant, comme un martyre en papier mâché, sa banale déchéance à causes de ses amours coupables pour d'autres charognes ayant secoué se monde. une intrigue à la Racine peuplant la cervelle d'un seul personnage. what a splendid one man show!!!

héros mythique de notre temps, mister little rasist galliano n'est en fait qu'une nouvelle sosie de Dorian Grey. derrière la peau lisse, les coups de fards, les vagues épaisses de parfums et son silhouette de dandy vampirique, des idées en pleine décomposition allant de l'antisémitisme jusqu'à l'admiration pour le führer. l'ironie dans la fin mélodramatique de ce conte bling-bling réside dans le fait que certes, si ce führer avait déplacé en sa faveur le poids de l'histoire, les métrosexuels efféminés coiffés-fardés-overparfumés aurait certainement passé pour des "pédalos" bons à fusiller devant un régime étalant une masculinité excessive... donc, rien à ajouter, sauf un dernier soupir - pauvre con...

la morale de l'histoire - si vos idées cuvent des enfers en miniature, apprenez une fois pour toutes de bien fermer votre gueule, surtout devant un téléphone portable dont la caméra est tourné dans votre direction.

le roi est mort. chose confirmé à plusieurs reprises du pdg jusqu'aux collègues de sa majesté (qui n'hésiteront pas à entamer une dance sur la tombe du défunt). un autre roi lui succédera peut être plus mort que l'ancien. ce qui est vraiment triste est que les rois de notre époque sont en grade partie rien d'autres que de guignols essayant de passer pour des modèles moins pourris. de berlusconi à putin, sans pourtant oublier les rois qui se meurent et qui veulent imprimer leur mort sur le visage de leur peuple.

un roi est mort. est-t-on capable de dépister les autres charognes?

PS : c'est bien dommage que le théâtre de l'absurde ait connu son apogée le siècle passé, notre époque étant si généreuse en sources d'inspiration des farces tragicomiques...

samedi 5 mars 2011

sur le sommeil excessif


une drôle de situation qui ranime les grands mots chez les Moldaves ce derniers temps. une société qui a du mal à ressortir de sa crise identitaire, étant d'habitude inerte et indifférente, s'enrage devant un simple projet de loi mettant en avant la prévention de la discrimination.

c'est plus que drôle, c'est un risible paradoxe, car si vous faites une promenade dans le centre de la capitale et que vous questionnez les gens ils vont bel et bien vous dire que l'on est tous égaux devant la loi et surtout devant dieu. à noter que cet équilibre finit dès que l'on invoque la différence. car pour le citoyen lamdba ça va de soit que ni les lois ni la divinité ne peuvent autoriser une vie publique des "ordures"... et oui, c'est un mot très usité par les grands défenseurs des valeurs du peuple pour désigner les minorités sexuelles.

cette fois si je laisse de côté la source des idées fanatiques de nos chers chrétiens (mais pourtant faut l'avouer que Loyola devrait être à la fois surpris et content de découvrir une continuité de l'inquisition si loin des terres ibériques).
cette fois on est allé beaucoup plus loin - on invoque le danger pour la famille, valeur primordiale de la société moldave. j'aurais dû y croire, sauf que moi, j'ai quand même une petite expérience des réalités moldaves. or, la famille y est en pleine décomposition - car faudra bien voir une valeur dans les centaines de familles qui ont du mal à survivre, des milliers de gens divorçant annuellement, une violence domestique qui secoue constamment cette valeur, et dont personne ne s'en soucis, ni la communauté, ni les autorités. or, l'esprit moldave c'est aussi une résignation nette devant le problème. on va pas trop ce casser la tête - c'est dur, mais c'est comme ça et l'on n'y peut rien. les autorités vont souvent invoquer cet argument pour ne rien faire.

et tout d'un coup cette famille en ruine devient un bel argument contra cette loi malheureuse. finalement l'idée d'une telle loi vient de Bruxelles, chose fort récente, donc je voudrais demander ceux qui s'y oppose - qu'est ce qui a empêché la famille d'être une vrai valeur jusqu'à présent? pourquoi cet pierre angulaire de la société est en pleine moisissure? n'y a-t il pas une partie pourrie dans cette pensée construisant une échelle des valeurs juste pour ne pas évoluer?!

car l'évolution fait du mal. au moins pour la société moldave. cette mutation douloureuse qui met en avant des pensées inattendues... un simple projet de loi et il y en a déjà qui considèrent l'Europe avec une risible myopie de l'esprit. il est très simple de cracher de argument quand on connaît très peu sur la réalité des choses. non, l'UE n'est ni le paradis, ni l'Eldorado, donc pas d'expiation ou de générosité hors commun. on peut y entrer mais, il faudra travailler d'arrache pied si on veut atteindre un meilleur niveau. les choses ne se limitent pas avec une simple adhésion, la Roumanie et la Bulgarie ont déjà cette expérience.

il est aussi curieux l'apparition d'une nouvelle génération d'internautes, les nationalistes. ce qui n'est pas mal en soi, surtout pour un petit pays qui est encore déchiré entre l'Est et l'Ouest. mais l'excès donne lieu à un raisonnement risible.
d'après eux, les Moldaves sont des Roumains, vérité que je partage moi aussi. mais, voyait vous, les Roumains sont plus religieux que le reste de l'Europe, ils ont plus de valeurs, que la communauté européenne met en danger. donc (et là une pause pour qu'on ait le temps de respirer profondément) l'avenir des Roumains (c'est à dire de la Roumanie et de la République de Moldova) c'est de s'unir et de se séparer des Européens - "afin de défendre nos valeurs".
dans un premier temps ça m'a fait rire. car c'est utopique, pour ne pas dire stupide. or, il suffit tout simplement de considérer la comparaison avec l'unification allemande (hélas les Roumains ne sont pas des Allemands) comme si la Roumanie a les frais d'une telle union. économiquement c'est impossible. du moins pour l'instant (cet instant qui cesse pas de durer dans le temps). si une telle union se fait, c'est uniquement avec un gros coup de puce de Bruxelles. une union en soi, en dehors de la communauté ne serait qu'une régression. on pourrait bel et bien imaginer des bilatéraux entre la grande Roumanie et l'Union, mais ce scénario est considéré avec plus de réserve pour des partenaires comme la Suisse ou la Norvège, et, sauf erreur de ma part (;-)), on est assez loin des deux modèles...

donc ça sert à rien de débiter des idées vides. il faut garder les pieds sur terre et ne pas tomber dans la tentation de déformer la réalité. il ne faut surtout pas tomber dans l'excès, car le sommeil de la raison engendre des monstres... et si on pense, il faut laisser aux autres le droit de penser, sans leur imposer nos visions. or, la raison du plus fort, n'est jamais la meilleure...